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J’aimerais oublier ce chant qui refuse de mourir en moi, refrain obsédant, agaçant, qui revient au fil du temps hanter ce qui reste de moi, importun vous agaçant jusqu’à vous métémorphoser en une pelote de nerfs emmêlés, un inextricable enchevêtrement.
Exorcisme douloureux et inefficace, incantations et potions inutiles, futiles… Il suffit d’un rien pour que hurle ma douleur: un frangipanier en fleurs, un bureau désert et poussiéreux, un regard croisé, un vieux sac de cuir négligement posé sur une table et … refleurit en moi l’hymne muselé, le chant sacrilège, la ballade des bannis…
Absence omniprésente. Nous avons sillonné ensemble tant de lieux sans visages, la main dans la main: maisons lépreuses, villes aveugles drapées d’un noir manteau et le jour naissant nous cueillait tremblants de fatigue, les yeux emplis de plaies, de varices et d’abcés purulents. Frissons d’horreur, plongeon dans l’abime de l’oubli. Tais toi ma chanson!
Car elle chante ma kora, surgie de nulle part, caressée par des mains noires, amoureuses, possessives et exigeantes qui déchirent le
blanc silence alors que les arbres penchent un peu plus et que les statuettes esquissent de langoureux pas de danse. La jeune fille d’ébène regarde la tablée subjuguée, défardée.
Silence.
Silence de la rose que l’on cueille pour l’offrir, silence de l’encens qui monte étreignant les prières, silence des mains
jointes implorant les cieux.
Je psalmodie inlassablement le refrain jadis entendu sous ces arbres qui regardaient la maison assise, solitaire. Je répétais ce refrain face à cette femme qui attendait, cheveux épars, visage
d’ailleurs. Il me fallait égrener ce silence par instants éclaté comme des bulles de savon: un oiseau qui pépie, une branche qui craque, le vent bleu qui souffle doucement, les feuilles qui
bruissent de concert, la cigale qui chante…
Comme ce soir, j’émiettais le bruit et j’attendais dans ce silence peuplé de vie. ........