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TERRE BLESSEE
Un hameau perdu dans la brume de poussière
Là-bas
Un pays grillé par le soleil
Des cases brinquebalantes au sol en terre battue
Des toits de chaume ouverts sur le ciel et ses étoiles
Des foyers froids comme la faim qui martyrise les entrailles
Des vaches fantômes
Des chiens mirages
L’enfer
J’ai marché
J’ai arpenté une fournaise
Où ne poussent ni arbustes
Ni brins d’herbes
Où ne s’élèvent ni chants d’oiseaux
Ni rires d’enfants
Une femme
Un débris de femme
Raclait le sol avec sa daba
La terre gémissait exhibant ses plaies ulcéreuses
Sa peau tatouée de varices
Elle hurlait cette terre
Maudissant la créature qui la lacérait
Lui zébrait la corps d’écorchures
Elle subissait son martyr
Prenant le ciel à témoin
Et la femme raclait la terre
Infatigable
Hagarde
Les yeux pleins de vide
La tête emplie d’images apocalyptiques
Elle déchiquetait la terre en une prière muette
Ultime offrande
Elle semait sa vie sur cette terre craquelée
Elle raclait la terre dans la nuit
Dans mes rêves
Dans mon cœur
L’arrosant de larmes
Elle pleurait
Des larmes sèches acérées
Puis elle chanta
Elle pleura une chanson pimentée
Elle pria une chanson incandescente
Une chanson d’enfer
Elle chanta la faim
La soif
L’exode
L’espoir
La lutte
Le calvaire
L’attente
La décrépitude
Elle chanta la mort
La valse endiablée des voyages
La longue liste des disparus
De ceux qui s’en allèrent
Pour ne plus revenir
Elle chanta ceux qui dormaient
Dans les bras de la terre
De cette terre qu’elle raclait
Et qui l’attendait
Patiente
Egrenant
Le long
Chapelet
Du temps.
A CETTE FEMME ANONYME QUI CROISA MON CHEMIN DANS UN HAMEAU DU SAHEL