Des articles, des commentaires, des contributions, des extraits, de la poésie, des interviews d'auteurs en vue ou originaux dans leur démarche.
Et si j’étais un
animal? Je serais un chat. Ils sont souverains et d’un détachement! Tout glisse sur eux alors que tout me blesse car n’ayant pas encore acquis l’imperméabilité necessaire, vitale. Je m’écorche
vive, m’écartèle, me crucifie, me déchire en lambeaux palpitants.
De plus, j’essaie de comprendre, de garder une certaine distance par rapport aux choses en écrivant, en inventant des personnages qui vivent, que je pare de mon désespoir, de ma souffrance, les
plongeant dans le vide où je me meus . Et nous errons ainsi de concert, perdus, bannis, exilés. Désespoir à l’unissons pour conjurer la solitude. Où donc la frontière? Sympathie. Où la réalité?
Où la fiction? Je me perds dans ce « mentir vrai » ommencé avec tant d’allégresse. J’écris. Je souffre. Je suis mon personnage qui souffre. Il parodie mes mots, singe ma vie, je le pare
de mes souffrances. Voyeurisme. Masochisme.Jusqu’où peut on aller? Jusqu’où irai je? Jusqu’où ira ce personnage de fiction qui se déguise en moi déversant ses entrailles putrides. Collin
maillard. Cache cache avec moi-même. Je vis sur les chapeaux de roue,faisant face sur plusieurs fronts histoire d’oublier, de m’étourdir, puis j’écris, compresses humides sur un front moite.
J’essaie d’endiguer cette indigence mentale qui me paralyse, n’étant plus qu’une plaie béante, un cancer sournois et affamé se baffre de ce qui fut Moi, grandissant à vue d’œil. Comment vivre
dans le vide nauséeux de cette existence? « Il est si douloureux de vivre » avait elle dit. J’écris, dégoûtée. A quoi s’accrocher quand tout dégringole?
A moi les casses
monumentales, les dérapages, les chutes mémorables et le moral éclopé, clopinant. Se recomposer vaillament, ramassant les morceaux épars de moi égayés dans la nature. Rassembler,
reconstruire. Comme les chats, j’ai neuf vies. Je renais inlassablement de mes cendres. Ressurection ou réincarnation? Je ne sais. Je tombe et me
relève ou on me relève, c’est selon… Je m’affale ainsi parfois, de tout mon long, le nez dans la poussière puis, patiemment, me recompose et me relève. Comme dans mes rêves! Je n’arrête pas de
tomber dans mon sommeil. A grands fracas, je m’écrase puis m’aveugle. Plus rien. Néant. Trou noir. Cauchemar dans ma nuit J’erre ainsi souvent dans les couloirs de mes rêves où des gens
vont, viennent, sans me voir. Puis des hommes apparaissent, déambulent, maigrissent à vue d’œil, se ratatinent rabougris, raccornis, désséchés, vidés
puis s’effilochent, se désintègrent, se volatilisent. Il est des fois aussi où j’assiste au phénomène contraire: des hommes déambulent aussi un long moment en silence puis s’empâtent, s’enrobent,
épaississent à outrance. Les chairs flasques se déversent partout, les joues et les ventres luisent, ballons de baudruche. Incrédule, je suis. Et eux de grossir encore menaçant de m’asphyxier.
Trop d’air pour eux, trop de place et je recule acculée, aux abois, traquée de toutes parts par ces chairs répugnantes. Amoi l’épingle magique! Plof! Plus de ballon. Parti. Le vide, le néant et
moi pensive…